De Gausson parut hésiter.
—Je voudrais, dit-il, après un moment de silence, je voudrais pouvoir l’offrir à la femme que j’aurais préférée.
—Ainsi ce serait pour l’enrichir?...
—Non, mais pour avoir le droit de choisir librement, de parler sans crainte; ce serait pour qu’une affection loyale ne fût pas exposée à paraître un odieux calcul; pour ne pas être obligé enfin d’échapper à la honte du soupçon en renonçant au bonheur.
—Et pourquoi y renoncer?
—Parce que je n’y ai point droit. L’homme né pour être le bienfaiteur et le soutien de la femme ne peut, sans mentir à son devoir, devenir le soutenu et l’obligé; c’est à lui de se faire place dans la vie, d’en offrir une part à celle qu’il a choisie et de lui donner en travail, en dévouement, en courage, ce qu’elle lui rend en charme et en amour.
Et comme il s’aperçut du mouvement qu’avait fait Honorine:
—Mais, pardon! ajouta-t-il en souriant; je me laisse aller à une véritable confession, et vous devez me trouver bien hardi.
—Hardi? non, dit la jeune fille émue.
—Bien fou, du moins?