—C’est à moi que vous pensez, Françoise? demanda-t-il doucement.
—Faites excuse, Monsieur, répondit celle-ci un peu confuse, je n’ai point voulu vous offenser.
—M’offenser, pauvre enfant! en êtes-vous capable? La pitié ne blesse que les orgueilleux; pour les autres, c’est la meilleure consolation. Si vous désirez être reine, ce serait surtout, je parie, pour enrichir votre vieux voisin!
—Eh bien! oui, s’écria la grisette, puisque je puis le dire sans vous fâcher; oui, je voudrais pouvoir vous donner tout ce qui vous manque... parce que ça me fend le cœur de penser que vous demeurez ici... dans une mansarde où le vent entre de tous côtés... Ah! si seulement vous m’aviez laissé acheter ce poêle que les gens du second proposaient d’échanger.
—Et pour lequel vous vouliez donner votre commode?
—Je n’en ai pas besoin; vrai, mon bon monsieur Michel, le secrétaire me suffit... Mais vous avez refusé si sérieusement... que je n’ai pas osé vous en reparler... et maintenant l’occasion est manquée! peut-être cependant qu’en cherchant...
—Non, Françoise, je ne veux pas. Je vous ai, d’ailleurs, prouvé, ma chère enfant, qu’il n’y avait point ici de place pour le mettre.
—C’est bien là ce qui me tourmente, de vous voir si mal logé, dit la grisette, en regardant autour d’elle. Oh! quelquefois quand je travaille seule, le soir, je me mets à rêver tout éveillée. Je me figure que je deviens riche, tout d’un coup, comme dans les histoires, et alors je règle, en idée, ce que je ferai de ma fortune... mais je ne sais pas pourquoi je vous raconte ces folies!...
—Continuez, je vous en prie, continuez. Vous réglez donc l’emploi de votre fortune?
—Oui, Monsieur, je fais des parts pour chacun....