—Ça fera le paiement de la première année.
—Mais comment as-tu pu te procurer?...
—Voilà mon secret, j’ai trouvé un moyen! mais je n’ai voulu rien vous dire avant d’avoir la somme entière, et il a fallu onze mois d’économie.
—Et sur quoi, diable, as-tu pu économiser cinq louis?
—Ah! cela vous étonne, parce que vous autres hommes vous ne pouvez calculer que pour de grosses sommes; il n’y a que les femmes à savoir faire des petites épargnes. Aussi, moi, depuis longtemps je pensais à mettre un peu plus d’ordre dans mes affaires, à retrancher le superflu.
—Le superflu! répéta Marquier en promenant involontairement un regard sur le modeste logement de la grisette.
—Certainement, reprit Françoise, je me suis dit qu’il y avait des ouvrières qui gagnaient un tiers moins que moi et qui cependant réussissaient à vivre: il était donc bien clair que je pouvais économiser un tiers sur mes dépenses.
—Mais comment?
—Par bien des moyens. D’abord je déjeunais toujours autrefois avec du café, ce qui est très-malsain, à ce que l’on dit; je l’ai supprimé. Ensuite j’ai trouvé qu’il suffisait de s’habiller chaudement pour se passer de feu presque tout l’hiver; enfin j’ai calculé que si je me levais plus tôt chaque matin, j’aurais le temps de savonner et de repasser ce que je donnais autrefois à la blanchisseuse. Tout cela a l’air de peu de chose, n’est-ce pas? Eh bien! savez-vous ce que j’ai économisé par ce moyen, Monsieur? au moins six sous par jour! oui, six sous, ce qui me fait plus de cent francs par an et me permet de payer la rente à la tontine des familles.
—Embrasse-moi, Françoise, s’écria Marquier, évidemment plus émerveillé de l’habileté de la grisette à se créer des ressources qu’attendri de son dévouement; tu es une brave fille... qui mérite qu’on t’encourage: aussi je veux t’aider... j’irai moi-même à la tontine des familles pour savoir si le placement est sûr.