De Luxeuil lui donna encore un baiser et rejoignit les autres convives.
Quant à Clotilde, elle trouva au fond du corridor la mère Beauclerc qui l’attendait et qui, sans lui donner le temps de faire aucune question, l’entraîna dans sa chambre dont elle referma la porte en dedans.
Nous la laissons là occupée à recevoir la confidence de sa mère, pour suivre Arthur dans la pièce où il venait d’entrer.
Les invités, au nombre de huit à dix, étaient la fleur des pois du café de Paris. Chacun d’eux avait son genre de gloire. On y voyait d’abord le duc d’Alpoda, dernier rejeton d’un des plus célèbres généraux de l’Empire, qui excellait dans l’escrime du bâton et dans l’exercice plus vulgaire, connu sous le nom de savate; le marquis de Rovoy, renommé par son talent à entraîner un cheval et à faire maigrir ses jockeys; le vicomte de Rossac, qui n’avait point encore pris possession de son siége à la chambre des pairs, et qui se préparait aux fonctions législatives par des tours d’escamotage à désespérer les Comte et les Philippe; le prince de Kishoff, Russe francisé, dont on citait la collection de pipes; enfin, plusieurs autres moins illustres, mais livrés à quelques spécialités aussi respectables.
Marquier était le seul qui ne fût recommandé par aucun mérite particulier.
De Luxeuil trouva cette élite de la jeunesse française occupée à discuter si la dernière débutante de l’Opéra avait ou non la cheville bien placée. Chacun invoquait, à l’appui de son opinion, celle de quelque célébrité de la fashion, et ce n’étaient que noms princiers et historiques.
L’entrée d’Arthur coupa court au débat. Il avait assisté à la course de lord Durford, et on l’entoura pour en savoir le résultat; mais les dissentiments soulevés à propos de la danseuse ne tardèrent pas à se renouveler au sujet des chevaux appelés à concourir. Le marquis de Rovoy, qui avait dernièrement perdu un pari contre lord Durford, prétendit qu’il ne devait ses succès qu’aux jockeys de ses adversaires, accusation qui fut vivement repoussée par le prince de Kishoff et soutenue par quelques autres. La discussion commençait même à s’envenimer et à dégénérer en querelle, lorsque Marquier l’interrompit par un cri d’admiration; il venait de s’arrêter devant un cabaret en porcelaine, que supportait un petit guéridon de citronnier posé devant une fenêtre.
—Voyez, voyez, Messieurs, s’écria-t-il, une nouvelle acquisition de Clotilde! Du vieux Saxe, et tout ce qu’il y a de plus beau. C’est un plateau de mille francs.
—Il m’en coûte trois mille, mon bon, fit observer de Luxeuil avec négligence.
—Ah! c’est donc un de vos cadeaux, Arthur?