—Et le mariage en question est un de ces moyens! demanda Clotilde qui commençait à écouter avec intérêt.
—Précisément, ma belle: le ciel m’a donné une cousine embellie d’environ cinquante mille livres de rente.
—Cinquante mille livres! interrompit madame Beauclerc émerveillée...
—Avec une fortune au moins égale en perspective. Vous comprenez qu’il eût fallu être plus maladroit qu’un ministre constitutionnel pour laisser un autre profiter de l’occasion. J’ai donc pris date, et, dans peu de temps, j’espère, nous entrerons en possession de notre modeste million.
—Sapristi! il fallait donc parler, dit la mère avec enthousiasme; si c’est comme ça, je n’ai rien à dire, et je déclare, jeune homme, que je vous rends mon estime.
—Bien bonne! répondit Arthur en s’inclinant; mais si j’ai gardé le silence, c’est qu’il s’agissait seulement d’une négociation d’argent, et que je n’ai pas l’habitude d’ennuyer Clotilde de mes affaires. Maintenant j’espère qu’elle comprend ma position et qu’elle ne m’en veut plus.
—Non, répliqua la grosse femme, elle ne peut pas vous en vouloir puisqu’elle doit profiter de la dot. Tu comprends bien la chose, Lolo? En définitive, il avait raison lorsqu’il disait qu’il se mariait dans ton intérêt.
—Alors, moi, j’en serai pour ma porcelaine, dit l’actrice, à qui le temps de cette explication avait suffi pour passer de la colère à la gaieté. En voilà-t-il un sacage; oh! regardez donc, maman, il y aurait de quoi remplir la hotte d’un chiffonnier.
Madame Beauclerc regarda Arthur.
—Une vraie brebis du bon Dieu, dit-elle en désignant sa fille de l’œil; ça n’a pas plus de fiel qu’un poulet. Elle mettrait le feu à Paris pour un oui ou pour un non, et à peine le verrait-elle flamber qu’elle apporterait de l’eau pour l’éteindre. Je me flatte que vous êtes bien tombé, mon gendre, et que vous devez un fameux cierge à votre patron.