La jeune fille courut à la fenêtre et aperçut, en effet, une légère fumée qui s’élevait à travers les arbres dépouillés. Presque au même instant un second coup se fit entendre. Elle recula en frissonnant.
—Mon Dieu! il n’y a aucun danger, fit observer Justine; Mademoiselle sait bien que M. Arthur a fait disposer la grande allée pour le tir et qu’il s’y exerce souvent.
—Il est seul? demanda Honorine.
—Oui, Mademoiselle; j’ai su qu’il allait tirer parce que je l’ai entendu tout à l’heure demander ses pistolets au valet de chambre, en disant qu’il voulait se refaire la main.
Honorine pâlit.
—C’est dommage que Mademoiselle ne puisse pas voir d’ici, continua Justine, qui s’était approchée de la fenêtre, elle prendrait plaisir à admirer l’adresse de Monsieur. Il atteint le but à chaque coup.
—Vous l’avez donc vu? demanda la jeune fille anxieuse.
—Oh! bien des fois, Mademoiselle. Surtout quand il amenait ses amis, MM. Rovoy, d’Alpode, Marquier, de Gausson; mais aucun d’eux ne pouvait lutter avec lui. M. de Rovoy tirait trop bas, M. de Gausson trop haut, et quanta M. Marquier, il lui arrivait toujours quelque accident... Mais le bruit de ces coups de pistolet a l’air de faire mal à Mademoiselle...
—Il est vrai, dit Honorine qui tressaillait à chaque explosion et que les confidences de la femme de chambre achevaient d’épouvanter.
—Je vais prier Monsieur de cesser, reprit celle-ci en faisant un mouvement pour sortir.