—Non, interrompit la jeune fille, je craindrais qu’il ne trouvât étrange...

—De faire une chose agréable à Mademoiselle?... Ah! M. Arthur sera trop heureux. Mademoiselle ne se doute pas combien il lui est dévoué. Je vais l’avertir tout de suite...

—C’est inutile, il ne tire plus.

La femme de chambre se pencha au balcon.

—C’est vrai, dit-elle, voilà Pierre qui rapporte les armes. Je me doutais bien, du reste, que Monsieur ne continuerait pas longtemps; car il avait ordonné d’atteler le tilbury.

—Il va donc sortir?

—Écoutez.

Le roulement d’une voiture sur le pavé de la cour venait d’ébranler légèrement les vitrages. Honorine courut à la fenêtre opposée et aperçut le tilbury, conduit par son cousin, qui franchissait la porte cochère et disparaissait dans le faubourg.

L’idée qu’il se rendait chez de Gausson la frappa comme un trait. Surexcitée par la série d’émotions qui venaient de l’assaillir, elle en était arrivée à ce moment où un dernier choc jette l’âme hors de toute réserve et rend une plus longue incertitude impossible. Elle se tourna brusquement vers Justine et s’écria qu’elle voulait parler à madame de Luxeuil. La femme de chambre sortit et revint au bout de quelques minutes, avec la comtesse elle-même. Celle-ci fit signe à Justine de se retirer et se trouva seule avec sa nièce.

En demandant à voir madame de Luxeuil, Honorine avait obéi à un élan irréfléchi de douleur et d’épouvante. Elle avait voulu conjurer, à tout prix, le danger qui semblait menacer Marcel; mais à l’aspect de la comtesse, elle se sentit subitement glacée et demeura à la même place, sans voix et sans mouvement.