Madame de Luxeuil l’observa un instant, puis s’assit.
Il y avait dans ses manières quelque chose de solennel, de dur et de résolu. Elle attendit d’abord qu’Honorine prit la parole, mais voyant qu’elle continuait à garder le silence, elle dit enfin d’un accent bref:
—Quand vous m’avez fait demander, j’allais venir, Mademoiselle, car les derniers mots de mon fils, en vous quittant, annonçaient un projet qui m’a effrayée...
—Ah! c’est de ce projet que je voulais vous parler, Madame, interrompit Honorine précipitamment; il ne faut point qu’il s’accomplisse; vous vous opposerez...
—Vous ne pouvez ignorer, Mademoiselle, répliqua froidement la comtesse, que l’autorité d’une femme, et surtout d’une mère, s’arrête toujours aux questions où les hommes ont placé leur honneur. Mes prières seraient inutiles et vous seule pouvez tout empêcher.
—Moi, Madame, et par quel moyen?
—En épargnant à Arthur l’outrage qui l’irrite et l’afflige. Je suppose que vous le pouvez encore, et que vous n’êtes point tellement engagée ailleurs qu’un autre ait désormais le droit de régler votre conduite.
—Je n’ai donné à personne un pareil droit, répliqua Honorine les yeux baissés.
—Alors, reprit vivement la comtesse, il s’agit seulement d’une de ces préférences de jeune fille qui sont notre roman à toutes, au sortir du couvent. Réfléchissez-y, Honorine, vous avez entre vos mains votre réputation, votre bonheur, deux existences peut-être!... Les sacrifierez-vous à une frivole fantaisie?
Madame de Luxeuil prononça ces derniers mots d’un accent plus doux, et, voyant que la jeune fille se taisait, elle crut devoir rappeler toutes les raisons qui rendaient son mariage avec Arthur indispensable pour tous deux.