—Avez-vous cherché? demanda le Rageur d’un air indifférent.

—Oui, répliqua le Parisien. Je me suis promené dans les environs pour prendre une leçon de géographie; il y a des maisons qui ont bonne apparence; mais il faudrait avoir quelques renseignements sur les bourgeois, vu qu’il s’en trouve, des fois, qui sont méchants et qui vous dérangent.

—J’aime bas qu’on me terrange, dit le Juif, avec un sérieux féroce; quand on terrange y a moyen de rien emborter. Aussi y faut mieux faire aux gens se taire.

—C’est mon opinion, reprit Jacques, surtout quand on travaille à l’aveuglette et qu’il faut chercher la place du magot, comme ce serait ici le cas. Une fois sûr que personne ne peut faire du bruit, on prend son temps.

—Possible, dit le Rageur, mais moi, ça ne me flatte pas!

—Fais donc la bégueule! reprit le Parisien avec son sourire pâle; quand nous étions en Maine-et-Loire tu t’es peut-être privé de descendre les bourgeois qui s’attardaient sur les routes.

—C’étaient des bleus! reprit vivement le Rageur, ils savaient que nous nous promenions dans le pays; ils n’avaient qu’à prendre garde. Dans ce cas-là, envoyer un coup de fusil au bourgeois, c’est de la guerre; mais entrer chez lui pour le trouver au lit, endormi, je n’ai pas le cœur à ces choses-là, vois-tu!.... d’autant qu’il peut y avoir des femmes, et qu’alors ce serait encore pis.

—C’est-à-dire, Rageur, que tu bois l’eau d’aff, mais que tu ne veux pas la gagner.

—Si fait, Jacques, je veux la gagner, mais il faut que l’affaire soit montée autrement. Adressons-nous, si tu veux, à une diligence, comme autrefois; il y a toujours là-dedans des gens qui peuvent se défendre.

—Comment, double niais! tu tiens donc à courir des risques?