Ici madame de Luxeuil s’arrêta brusquement, elle parcourut rapidement des yeux le reste de la lettre, poussa deux ou trois exclamations d’étonnement d’abord, puis de colère et arriva enfin à la signature.
—Marc! s’écria-t-elle. Quel est cet homme! vous le connaissez donc?
—Je le connais, dit Honorine, frappée de ce qu’elle venait d’entendre.
—Et quel droit a-t-il de vous écrire? reprit impétueusement la comtesse; qu’est-il enfin? répondez sur-le-champ, répondez, Mademoiselle.
En parlant ainsi, elle s’était avancée vers sa nièce, l’œil étincelant, et froissant le billet de Marc; mais la jeune fille soutint son regard avec une hardiesse presque calme. Étrange mystère de l’âme humaine qu’un seul encouragement retire de ses plus profonds abattements! ce signal et cette lettre avaient suffi pour la relever. Elle n’était plus seule au monde; elle se sentait soutenue! Les quelques lignes qui avaient été lues venaient de lui faire entrevoir dans le mariage proposé une sorte de complot, et elle avait compris que cette révélation changerait sa position vis-à-vis de la comtesse et de son cousin; de suppliante elle pouvait devenir accusatrice! aussi, le courage lui revint-il subitement avec l’espoir.
—Madame la comtesse me permettra de taire un secret qui n’est pas seulement le mien, dit-elle d’un ton ferme.
—Ainsi, vous avouez, dit madame de Luxeuil surprise et irritée d’un changement aussi inattendu: il y a au dehors des gens que vous n’osez faire connaître et dont les conseils vous dirigent, en nous accusant! car cette lettre est une dénonciation infâme!
—Madame la comtesse ne m’a point permis d’en juger, fit observer Honorine.
—Ah! ne feignez point l’ignorance, s’écria la mère d’Arthur, ces mensonges ne sont point les premiers qui vous aient été écrits contre nous; avant la demande de mon fils, vous étiez déjà prévenue! Ne cherchez point à le cacher, Mademoiselle. On vous avait avertie d’être en garde contre nos projets, on les avait noircis, on vous avait présenté ce mariage comme une spéculation qui devait nous enrichir. Pourquoi vous taire? avouez, avouez tout!
Emportée par la colère, la comtesse révélait ainsi à la jeune fille, sans s’en apercevoir, le contenu de la lettre de Marc; Honorine leva les yeux avec une certaine surprise.