—Jusqu’à ce moment j’avais ignoré ces accusations, dit-elle, en regardant madame de Luxeuil, et vous êtes, Madame, la première à m’éclairer.

—Vous éclairer, répéta la comtesse exaspérée de la fermeté de la jeune fille et de sa propre maladresse, c’est-à-dire que vous acceptez pour vraies ces calomnies? votre titre de riche héritière vous paraît un droit suffisant à tous les orgueils!

—C’est la seconde fois que madame la comtesse parle de cette richesse à laquelle je n’avais jamais pensé, interrompit vivement Honorine; mais puisque je l’ai obtenue du hasard, elle reconnaîtra, sans doute, qu’une telle faveur ne peut rien diminuer à ma liberté, et que je reste maîtresse d’en jouir seule ou de choisir celui qui doit la partager.

Madame de Luxeuil recula d’un pas.

—Ah! vous le prenez ainsi, dit-elle, la voix tremblante; vous déclarez enfin votre volonté! A la bonne heure! J’aime mieux la révolte que la dissimulation, vous demandez la guerre, vous l’aurez!...

—Je ne l’ai point cherchée, Madame, fit observer Honorine avec douceur; il n’y a eu, dans mes paroles, ni provocation, ni menace; j’ai seulement réclamé mes droits...

—Tes droits! interrompit la comtesse avec explosion; malheureuse! mais tu n’en as aucun!

—Comment! s’écria Honorine stupéfaite.

—J’ai gardé le silence aussi longtemps que je l’ai pu, continua madame de Luxeuil; ma pitié et ma folle affection m’ont retenue; mais tant d’ingratitude mérite enfin un châtiment. Tu veux nous résister, tu parles de droits! Eh bien! écoute et ne t’en prends qu’à toi-même de ce que tu vas savoir, car tu l’auras voulu!... La position dont tu jouis, la fortune qui te rend fière, le nom que tu portes... tout cela est un vol!

—Grand Dieu! que voulez-vous dire!