—C’est celle de ma mère, répliqua Honorine saisie.
—Lisez.
La jeune fille reporta les yeux sur le billet qui ne contenait que quelques mots et lut machinalement ce qui suit:
«Mon ami,
»Le général a tout découvert; il sait qu’Honorine n’est point sa fille! Venez, si vous voulez nous sauver toutes deux!»
Ces trois lignes étaient adressées à M. le duc de Saint-Alofe.
Honorine les lut une seconde fois sans pouvoir en croire ses yeux, puis regarda la comtesse d’un air égaré. La force de la surprise et de l’émotion lui avait ôté la parole.
—Ainsi ce n’est pas moi qui ai menti, reprit madame de Luxeuil en désignant la lettre par un geste d’ironie poignante; non, ce n’est pas moi, mais celle qui a usurpé un nom qu’elle n’a point le droit de porter, une fortune qui est à nous!... Car comprends-tu enfin, malheureuse abandonnée, que tout ce qui fait ton orgueil est un prêt dû à ma pitié; que toi qui parles de liberté de choix, tu serais repoussée de tous si je le voulais; que pour te rejeter dans la honte et la misère, je n’aurais qu’à dire un mot?
—Ah! vous ne le direz pas! s’écria Honorine, arrachée à sa torpeur par cette menace.
—Je le dirai puisqu’on m’y a forcée, continua madame de Luxeuil; ce mariage, je l’ai sollicité avec prière: je vous ai avertie qu’il y allait du bonheur de mon fils, de son repos, de sa vie peut-être; vous n’avez rien écouté, eh bien! moi aussi, je serai implacable. Puisque vous avez parlé de droits, je ferai valoir les miens, et j’irai redemander l’héritage qu’on nous a dérobé, cette lettre à la main...