—Oui est-ce qui ne connaît pas ce vieux rêveur? reprit de Cillart, en haussant les épaules; il envoyait autrefois ses livres gratuitement à tout le monde, moi-même j’en ai reçu.
—Avec l’épigraphe latine invariable: Omnis omnibus.
—Oui; on lui en avait fait un sobriquet, et les petits journaux ne l’appelaient que le duc omnis omnibus.
—Adoptons le nom, dit vivement madame de Luxeuil, je n’en veux pas d’autre.
—Va pour omnis omnibus, reprit Marquier en riant; voici ce que je racontais de lui à ces Messieurs.
A l’époque où le duc était encore riche, il avait pour ami M. de Lannaut, le père des banquiers actuels, qui était aussi dans les affaires. Il paraît même que le bonhomme goûtait les idées du duc, et qu’il rêvait, comme lui, le bonheur du genre humain!... Ils ont toujours eu quelque chose de détraqué dans cette famille....
—Enfin, demanda madame Luxeuil, qui semblait mal à l’aise et impatientée du récit de Marquier.
—Enfin, continua celui-ci, à force de s’occuper des affaires de la société, le père Lannaut laissa les siennes se déranger, de sorte qu’un beau jour il se trouva avec un passif qui dépassait son actif de près de cent mille écus! Le bonhomme eut beau se retourner, faire argent de tout, la faillite était inévitable. Alors, ne sachant plus où trouver du secours, ruiné, déshonoré, il perdit la tête et prit la fuite. Il avait déjà rejoint le Havre où il allait s’embarquer, quand il reçut une lettre de son caissier, qui lui apprenait que tous les billets présentés avaient été payés.
—Payés! s’écria Honorine, qui, distraite d’abord, avait fini par écouter malgré elle et par s’intéresser.
—Intégralement! ajouta Marquier, et cela par un inconnu.