—Le malheureux! fit observer madame des Brotteaux, perdre deux cent mille francs!
—Encore s’il eût demandé un reçu, ajouta Marquier.
—Mon Dieu! sa vie est pleine de traits semblables, reprit madame de Luxeuil avec le désir évident de mettre fin à cette conversation; il serait plus généreux de ne point les rappeler et d’imiter le charitable silence de M. de Gausson.
—Je voudrais pouvoir accepter l’approbation de madame la comtesse, dit celui-ci, en s’inclinant avec gravité; mais je ne l’ai point méritée, et si je garde le silence, c’est que loin de pouvoir m’associer aux anathèmes dont le duc est l’objet, je ne pourrais exprimer pour lui que de l’admiration.
L’étonnement parut général.
—Quoi! s’écria de Cillart, même pour le cadeau des deux cent mille francs?
—Pour lui surtout, reprit Marcel en s’animant, car ce que M. Marquier ne vous a point dit, c’est que l’homme sauvé par le duc était un de nos industriels les plus ingénieux et les plus hardis; que sa ruine arrêtait vingt tentatives dont la réussite pouvait enrichir le pays; qu’elle réduisait à la misère plusieurs centaines de familles; que la prévenir enfin, n’était pas seulement un acte d’ami, mais de bon citoyen. Il fallait aussi ajouter que le duc ne fit un mystère de sa généreuse assistance que parce qu’il savait M. Lannaut capable de la refuser et de préférer, dans son découragement, une ruine immédiate à des obligations qu’il eût craint de ne pouvoir remplir.
—C’est avec des raisonnements pareils que ce pauvre duc a mangé un million! dit Marquier en ricanant.
—Et qu’il a fini par l’hôpital, ajouta de Cillart.
—Tandis que les fils Lannaut ont équipage et qu’ils se moquent, comme tout le monde, d’omnis omnibus, acheva Arthur.