—Alors, je reste! m’écriai-je.

Et, sans rien écouter davantage, je m’élançai vers l’escalier, je franchis le corridor et j’arrivai à l’appartement de ma mère qui précédait le mien.

Je craindrais d’allonger ce récit outre mesure, mes amis, si je voulais vous dire tout ce que j’éprouvai dans cet instant et pendant les heures qui le suivirent. Pour comprendre de pareilles émotions, il faut avoir traversé l’exil et trouver, au retour, une de ces maisons vides où les souvenirs sont des regrets.

Antoine était retourné au village pour reprendre les papiers que j’avais dû confier au municipal; je m’étais enfermé, et je passai une partie de la nuit à parcourir ces chambres désertes, où chaque place, chaque objet me parlait de ma mère! enfin, la fatigue l’emporta; je m’endormis.

Il faisait jour depuis longtemps lorsque je fus réveillé par la voix de Mariette, qui me demandait à travers la porte, si je voulais recevoir les fermiers. Je compris qu’Antoine les avait avertis et qu’ils venaient pour féliciter leur ancien maître.

Je les trouvai, en effet, réunis dans la salle d’attente avec le vieux notaire, M. Leroux. A ma vue, celui-ci tendit les deux bras..

—Le voilà, s’écria-t-il; c’est bien lui, mes amis, Dieu nous a écoutés!

Tous les paysans poussèrent une exclamation joyeuse, en prononçant mon nom. Je courus à M. Leroux que j’embrassai, puis à tous les fermiers, auxquels je serrai la main, l’un après l’autre. Il y eut un moment de confusion et d’attendrissement général. Ils m’adressaient, tous à la fois, les mêmes questions. Enfin pourtant le notaire parvint à leur imposer silence.

—Par la sangoi! nous sommes dans la tour de Babel, dit-il, en mettant sa canne entre les paysans et moi; on vous prendrait pour un club de vieilles femmes; voyons, citoyens cultivateurs, c’est assez fraterniser! il ne faut pas fatiguer le jeune gars.

Je l’interrompis en assurant que l’empressement de ces braves gens ne pouvait me fatiguer et que j’étais touché jusqu’au fond de l’âme de leurs témoignages d’affection.