Il fallut nécessairement raconter à celui-ci tout ce qui s’était passé dans l’avenue d’Auteuil. Pendant ce temps un nouveau joaillier avait reconnu l’écusson; c’était celui d’un général devenu dignitaire de l’Empire. On voulut vérifier l’exactitude de mon récit, et je fus obligé de me laisser conduire à l’hôtel qu’il habitait.
Au moment où nous arrivions à l’hôtel, le cocher qui se trouvait dans la cour me reconnut et s’approcha. Quelques paroles suffirent pour me justifier; le commissaire s’excusa en alléguant la nécessité de la défiance et j’allais me retirer, après l’avoir prié de remettre lui-même le bracelet, lorsque la femme du général, avertie que j’étais là, me fit demander.
Malgré ma répugnance, il fallut céder, et, après avoir traversé plusieurs salons richement décorés, j’arrivai à un boudoir où elle m’attendait.
Je l’avais entrevue si rapidement le matin qu’il m’eût été impossible de la reconnaître. Sans être belle, elle avait, dans toute sa personne, quelque chose de doux et de caressant, qui vous attirait dès le premier coup d’œil. Elle se leva vivement à mon entrée, courut à moi et me prit les mains avec une reconnaissance expansive dont je fus surpris.
—Ah! venez, dit-elle, j’ai besoin de vous voir et de vous remercier.
Je voulus protester contre l’importance qu’elle donnait à un service que tout autre eût pu lui rendre, mais elle m’interrompit, me fit asseoir près d’elle et commença à m’adresser des questions sur mon nom, mon état, ma position.
Je répondis avec une contrariété évidente. Elle crut sans doute que je redoutais des offres d’argent qui eussent blessé ma fierté, car elle se hâta de dire:
—Pardon, monsieur Michel, si je vous interroge ainsi; mais la seule récompense que je puisse vous proposer est mon amitié.... et il faut bien connaître ses amis!
Je répondis qu’elle me faisait trop d’honneur.
—Ne dites pas cela, reprit-elle, avec une sensibilité sincère; si le général se fût trouvé à Paris, il eût mieux réussi à vous remercier: un homme fait des offres de service à un autre homme sans l’humilier: mais je suis seule et je ne puis... Je n’ose vous proposer que ma reconnaissance... ne la refusez pas, Monsieur.