—Oh! il ne faut point nier, reprit-elle vivement; il voulait d’abord partir sans vous revoir, mais je lui ai fait comprendre que vous n’étiez point femme à le retenir quand son devoir l’appelait ailleurs. Aussi l’ai-je décidé à vous faire ses adieux.

Madame Nancy devint pâle. Notre brouillerie de la veille l’avait laissée dans un trouble que l’isolement de la nuit et l’attente de la journée avaient encore exalté. L’ébranlement nerveux, qui en était la suite, l’avait préparée aux douloureuses émotions; aussi, ce départ brusquement annoncé lui parut-il une rupture. Frappée au cœur, elle me regarda, poussa un faible cri et chercha de la main un appui.

Je me précipitai pour la soutenir; mais, en sentant mon bras l’effleurer, le reste de domination qu’elle avait sur elle-même sembla l’abandonner, et, oubliant tout ce qui l’entourait, elle laissa aller sa tête sur mon épaule en fondant en larmes et en criant à travers ses sanglots:

—Ne partez pas!... ne partez pas!...

Tous les assistants demeurèrent embarrassés, et la comtesse recula stupéfaite. Elle avait bien espéré que son épreuve causerait à sa sœur quelque embarras; mais, ignorant ce qui s’était passé la veille, elle n’avait pu prévoir l’espèce d’explosion qui venait d’avoir lieu.

Quant à moi, partagé entre la confusion, la joie, l’attendrissement, je ne pouvais que répéter des protestations entrecoupées, en suppliant madame Nancy de se remettre; mais, livrée à une de ces crises où le cœur s’ouvre malgré nous, sous un choc subit, elle ne songeait plus au lieu, à l’heure, à rien de ce qui l’entourait. Pressée sur ma poitrine, elle continuait de supplier, en ajoutant l’aveu de ses torts passés et mille promesses pour l’avenir.

J’avais d’abord résisté à l’entraînement de cette expansion inattendue, bientôt subjugué moi-même, je répondis tout ce que m’inspirait mon émotion.

La voix de la comtesse m’arracha à ce court égarement. Muette de surprise d’abord, elle venait de saisir la main de sa sœur en s’écriant:

—Que faites-vous, Monsieur? Avez-vous oublié qu’on vous entend, qu’on vous regarde?

Nancy releva la tête, et la conscience de ce qui l’entourait lui revint avec la rapidité de l’éclair. Elle rougit et se dégagea. Je retins sa main qui glissait de mon épaule, et, me tournant vers les visiteurs retirés à quelques pas avec une discrétion ironique: