—On peut nous regarder et nous entendre, Madame la comtesse, répondis-je, car notre affection n’a rien à cacher. La cruelle épreuve que vous venez d’essayer était seulement inutile...
—Pouvais-je prévoir un tel éclat? murmura-t-elle.
—En effet, repris-je amèrement, de plus habiles auraient mieux su maîtriser leur trouble; l’habitude des secrets honteux apprend la dissimulation.
—Monsieur...
—Mais nous, Madame, nous pouvons laisser voir sans crainte notre attachement, car la liberté même de son expression est un témoignage de sa pureté.
—Ainsi, vous osez l’avouer! s’écria la comtesse.
—Et je voudrais que tous ceux qui en doutent pussent m’entendre, répliquai-je exalté par les émotions que je venais d’éprouver; je voudrais pouvoir répéter partout que cet amour est toute ma consolation, toute ma force, toute ma gloire; que je lui dois ce que j’ai goûté de plus douce joie sur la terre! Ah! ne tremblez pas, Nancy, ne baissez point les yeux; cet aveu, je pourrais le faire devant Dieu lui-même sans rougir... et si quelqu’un en doute encore maintenant, qu’il le dise.
En parlant ainsi, je tenais les mains de la jeune femme serrées sur mon cœur qui battait à se briser, et je promenais un regard interrogateur sur le chevalier et sur ses compagnons. J’aurais voulu, dans l’espèce d’ivresse irritée qui me transportait, saisir le plus léger signe d’incertitude ou de raillerie: mais tous restèrent immobiles. La comtesse seule nous jeta un regard dont le dédain affecté déguisait mal la colère.
—A la bonne heure! dit-elle; dès que la menace devient un moyen de justification, je dois garder le silence. Le général saura défendre lui-même son honneur!...
Elle reprit le bras du chevalier et partit.