—Soit, dit le conseiller, qui venait d’entendre la porte de la première chambre s’ouvrir; écrivez-les... sur cette table... je prendrai des renseignements.

Marc, un peu déconcerté du laconisme du tuteur d’Honorine, s’approcha en hésitant de la table qu’il lui avait désignée et s’assit pour écrire. Mais, tout en préparant lentement la plume et le papier, il réfléchissait à ce qu’il devait faire. M. de Vercy avait évidemment un motif pour éviter toute explication, et, d’après son accueil, Marc devait douter au moins de son zèle, sinon de sa loyauté. Il se demandait s’il fallait insister de nouveau ou chercher quelque autre moyen de salut pour la jeune fille, lorsque ses yeux, en se levant, rencontrèrent la glace placée vis-à-vis du bureau sur lequel il écrivait. Tout à coup sa plume s’arrêta, et lui-même demeura immobile de saisissement.

La scène qui se reflétait dans cette glace avait, en effet, quelque chose de trop étrange pour ne pas fixer l’attention.

Le conseiller lui tournait le dos, mais il échangeait des signes rapides avec la personne qui venait d’entrer dans l’antichambre et dont on distinguait de loin la livrée. Il se retournait par instants pour s’assurer que Marc ne pouvait le voir, puis recommençait des gestes qui semblaient devoir signifier:

—Prenez garde! ne vous montrez pas... il est là...

Celui auquel les signes s’adressaient ne les comprit point, sans doute, car il s’approcha à petits pas, et comme en hésitant, jusqu’à l’entrée de la seconde chambre.

Au moment où sa grande taille s’encadra dans la baie de la porte, l’homme à la redingote verte, furieux de ne pouvoir se faire comprendre, lui montra les deux poings fermés et se retourna vers Marc avec effroi.

Dans ce mouvement son collet se rabattit et laissa voir son visage tout entier.

Le garçon de bureau lâcha la plume qu’il tenait, en poussant un cri. Il venait de reconnaître Jacques le Parisien!

Ce qui suivit fut plus prompt que la parole ne peut le dire, aussi prompt que la pensée.