—Ne craignez rien, répéta Françoise, persuadée qu’il ne l’avait pas comprise; je reviendrai demain, vous dis-je... et de bonne heure!
Le blessé étendit les mains avec angoisse et voulut parler, mais les paroles n’arrivèrent à l’oreille de Françoise que connue un murmure inintelligible. Elle se pencha sur le brancard.
—Allons, tranquillisez-vous, cher monsieur Marc, dit-elle d’un accent attendri; tout ira bien... Vous voudriez me dire quelque chose, n’est-ce pas... est-ce pour me demander d’avertir à votre bureau?... ou de veiller à votre chambre... Non, mon Dieu! quoi donc alors?...
L’expression du blessé était déchirante à voir; ses lèvres s’agitaient pour parler, ses paupières tremblaient et tout son visage était contracté par un effort suprême! enfin, la continuité de cet effort brisa le sceau glacé qui fermait ses lèvres; un faible son arriva jusqu’à la jeune ouvrière, qui se pencha davantage et sentit mourir à son oreille le nom du duc de Saint-Alofe!
C’était lui que le blessé voulait voir; elle courut à la rue des Morts pour le lui ramener.
XXVI.
La mère Louis.
Depuis le consentement arraché à Honorine et la résolution prise par celle-ci de persister dans son sacrifice, tout avait marché au gré d’Arthur et de sa mère. La veille du mariage était arrivée sans que l’on eût entendu parler de M. de Vercy, et de Luxeuil se réjouissait d’un retard qu’il ne pouvait comprendre, mais dont il espérait bien profiter.
Il venait de quitter le notaire chargé du contrat de mariage, après avoir longtemps discuté avec lui et la comtesse toutes les dispositions qui pouvaient être introduites dans l’acte, à son avantage, et il allait sortir lorsqu’un domestique annonça:
M. le docteur Vorel avec la mère Louis.
La foudre tombant aux pieds de la comtesse et de son fils eût causé, à tous deux, moins de saisissement. Ils se levèrent d’un même mouvement et voulurent faire répéter les noms; mais la porte fut tout à coup poussée avec fracas et laissa voir les deux personnages qu’on venait d’annoncer.