Madame de Luxeuil donna les ordres nécessaires au valet qui venait d’entrer. Honorine, avertie, arriva bientôt émue et se jeta dans les bras de sa grand’mère en sanglotant.
—Eh bien! qu’est-ce qu’elle a donc! s’écria la paysanne, en l’embrassant; ça la fait pleurer de me voir!... Allons, allons, veux-tu bien essuyer tes yeux, petiote; ne geins pas comme ça; je suis tout plein contente; sois contente itou (aussi).
Et elle l’embrassa de nouveau.
Mais dans la disposition où se trouvait Honorine, la brusque arrivée de sa grand’mère était comme un choc inattendu qui avait tout remué au fond de ce cœur bourrelé; ses larmes, loin de s’arrêter sous les caresses de la paysanne, semblèrent redoubler.
—Est-elle picheline (pleureuse) au moins, dit la mère Louis, en se laissant gagner, sans savoir pourquoi, à l’attendrissement de sa petite-fille; voyons, en voilà assez, ma nerchibotte (petite); est-ce qu’on n’est pas contente donc de se marier?
Honorine qui était à genoux sur un tabouret, aux pieds de la vieille femme, lui baisa les mains.
—Ça n’est pas une réponse, continua la mère Louis intéressée malgré elle; allons, Honorine, il ne faut pas tant de beurre pour faire un quarteron; réponds oui ou non.
—Voici les côtelettes et le Madère, interrompit Arthur, qui vit le domestique paraître avec un plateau.
Cette diversion inattendue changea le cours des idées de la mère Louis; elle tourna les yeux vers le déjeuner que l’on venait de poser sur un petit guéridon de laque, et cette expression de gourmandise comprimée, particulière aux paysans, illumina tous ses traits.
—Ah! c’est déjà prêt, dit-elle; eh bien! à la bonne heure! il n’y a pas moyen de muler (bouder) quand on voit un pareil festin.