Et comme Honorine se penchait sur son épaule, elle continua en la forçant à se relever:

—Allons, il y a temps pour tout; ma fieule, voilà assez d’oremus; tu vas manger une bouchée avec moi.

Honorine s’excusa.

—A ton idée, reprit la vieille, qui ne voulait point perdre en explications un temps qu’elle pouvait mieux employer; ton oncle, lui, acceptera. Pas vrai, mon mière, que vous profiterez de la bonne occasion? c’est son droit, voyez-vous; car, comme dit le proverbe:

«S’il pleut sur le curé, il dégoutte sur le vicaire.»

La manie des proverbes normands était une des infirmités de la vieille paysanne.

M. Vorel s’inclina en signe d’assentiment, et se mit à table avec sa belle-mère.

Celle-ci trouva tout excellent, surtout le Madère qu’Arthur lui versa, et auquel elle revint avec une persistance qui finit par alarmer madame de Luxeuil. La gaieté de l’ancienne meunière devenait à chaque instant plus bruyante et plus communicative; elle s’écria enfin, en frappant sur les genoux de la comtesse:

—Pardi! vous êtes une bonne chrétienne, mam’ Luxeuil, et qui avez pas de grecquerie (avarice); j’aime ça, moi; aussi, je vous le revaudrai. Vous verrez ce que je ferai pour la petiote et pour le gars; quéque chose qui les aidera! car tout le monde a besoin d’aide: on aide bien au bon Dieu à faire le bon blé.

La comtesse et Arthur voulurent la remercier, mais elle les interrompit en disant qu’il fallait attendre au lendemain, après la noce, que pour le quart d’heure c’était assez jacasser et qu’elle voulait se reposer.