Année venteuse
Année pommeuse.

Seulement faut pas parler du mascapié dans l’acte; parce que je veux envoyer ça d’amitié!...

L’addition demandée par la mère Louis une fois faite, les signatures furent données, et l’on vint avertir que les voitures étaient attelées.

M. le marquis de Chanteaux s’avança vers Honorine le sourire sur les lèvres; mais, à ce moment suprême, la vie, pour ainsi dire suspendue chez la jeune fille, se réveilla brusquement: elle eut tout à coup conscience de ce qui venait d’avoir lieu, de ce qui se préparait, et elle se sentit glacée d’épouvante.

Le marquis resta quelques instants devant elle, le bras tendu, et répéta l’annonce qui venait d’être faite; mais Honorine, pâle, les yeux fixes, les deux mains crispées sur les bras du fauteuil, demeura immobile. Une crise terrible s’opérait en elle. Près d’accomplir le sacrifice accepté, une de ces répugnances, qui sont comme l’instinct de conservation de l’âme, venait d’anéantir subitement son courage. En vain la volonté luttait, en vain elle se répétait il le faut! il le faut! une force invincible la retenait enchaînée.

M. de Chanteaux, déconcerté de son silence et de son immobilité, se tourna vers madame de Luxeuil, qui s’approcha vivement et voulut lui prendre la main; elle était raide et glacée! La comtesse essaya de l’encourager par quelques paroles affectueuses; la jeune fille n’entendait plus: l’espèce de combat que se livraient en elle deux puissances contraires, était au-dessus de ses forces; après quelques instants d’une apparente insensibilité, ses lèvres pâlirent, sa tête flottante se renversa et elle s’évanouit.

Il y eut un moment d’effroi parmi les assistants; mais M. Vorel les rassura. Il fit transporter la jeune fille dans une pièce voisine et revint bientôt avec madame de Luxeuil, en annonçant qu’elle avait repris ses sens et qu’un repos de quelques instants suffirait pour la remettre. Arthur s’excusa près des témoins de ce retard imprévu et, pour rendre l’attente plus facile, leur proposa d’entrer chez lui, où ils pourraient parcourir les journaux, tandis que la mère Louis, à qui l’accident de sa petite fille avait tourné le cœur, passait à l’office pour prendre quelque chose.

Restés seuls, la comtesse et le docteur allaient retourner près d’Honorine, quand la porte du salon s’ouvrit tout à coup à deux battants: le domestique entra et annonça à haute voix: Monsieur le duc de Saint-Alofe.

XXVII.
L’idée fixe.

En renonçant au nom de M. Michel, le vieillard avait également quitté le costume sous lequel nous l’avons jusqu’à présent montré aux lecteurs, le pantalon à pied se trouvait remplacé par une culotte de casimir blanc, serrée sur les bas de soie au moyen d’une boucle de vermeil, et la douillette fourrée, par un habit bleu, à collet étroit, qui laissait voir un gilet de piqué, couleur paille. Sa cravate de batiste, jaunie par le temps, était brodée aux coins et retombait sur un jabot de Malines presque droit; enfin la chaussure découverte et arrondie avait pour ornement une petite cocarde de ruban noir satiné.