C’était un costume de l’Empire avec toute cette fraîcheur flétrie des vêtements longtemps conservés sans qu’on en ait fait usage, et il ne fallait pas moins que la physionomie austère du vieillard pour lui ôter ce qu’il pouvait avoir de ridicule et de suranné.
A ce nom de Saint-Alofe annoncé par le laquais, madame de Luxeuil s’était détournée stupéfaite; mais en apercevant le duc dans le même costume qu’il portait lors de leur dernière rencontre, elle le reconnut sur-le-champ, malgré les ravages des années, et poussa une exclamation d’épouvante.
L’arrivée de M. de Saint-Alofe dans un pareil moment avait, en effet, quelque chose de si redoutable que toute sa présence d’esprit l’abandonna; elle demeura debout à la même place et comme hallucinée par un fantôme.
Cependant le duc, s’étant avancé lentement vers elle, s’inclina; par un mouvement machinal la comtesse rendit le salut, lui montra un fauteuil et se laissa retomber elle-même sur la causeuse qu’elle occupait un instant auparavant.
Jusqu’alors aucune parole n’avait été échangée. Vorel, étonné, regardait alternativement madame de Luxeuil et le duc; enfin celui-ci, qui était resté debout comme s’il eût attendu la sortie du médecin, se tourna vers la mère d’Arthur.
—Je crains que ma visite ne paraisse importune, dit-il avec une froideur polie; je sais qu’elle interrompt une solennité de famille...
—Il est vrai, balbutia madame de Luxeuil en s’efforçant de se remettre; c’est aujourd’hui que mon fils se marie; le contrat vient d’être signé...
—Déjà! interrompit le duc; vous avez fait diligence, madame la comtesse.
—Loin de là, Monsieur, reprit madame de Luxeuil qui, en parlant, retrouvait peu à peu son sang-froid; nous sommes au contraire en retard, et depuis longtemps les témoins attendent...
—Ah! vous avez les témoins, répéta le duc en regardant fixement la comtesse; et... parmi eux, Madame, s’en trouve-t-il un qui puisse être pour mademoiselle Honorine Louis un défenseur éclairé et sérieux?