—Un défenseur... Qui vous fait supposer qu’elle en ait besoin, Monsieur?

—Sa position, madame la comtesse, et surtout son âge qui lui donne droit à l’appui d’un tuteur.

—Aussi avions-nous espéré M. de Vercy, fit observer madame de Luxeuil; mais, malgré ses promesses, il n’est point arrivé...

—Et il n’arrivera pas, ajouta le vieillard avec gravité; car M. le conseiller de Vercy est mort assassiné!

La comtesse jeta un cri.

—Assassiné! répéta-t-elle; où cela? grand Dieu!

—M. de Vercy a succombé en chemin, reprit le duc, sous les coups de deux misérables qui se sont ensuite présentés à Paris, à sa place, dans l’espoir de se faire payer des sommes qui lui étaient dues. Un homme les a reconnus, ils l’ont frappé, et c’est en écoutant tout à l’heure son interrogatoire que j’ai tout appris.

La mère d’Arthur joignit les mains avec une exclamation d’horreur.

—La mort a subitement privé mademoiselle Honorine Louis de son appui, continua M. de Saint-Alofe; voilà pourquoi je viens ici prendre sa place et réclamer près d’elle mes droits de premier tuteur.

Madame de Luxeuil parut plus saisie que surprise. Dès l’apparition du duc elle avait pressenti qu’il arrivait pour s’entremettre et faire obstacle au mariage d’Arthur: mais uniquement préoccupée d’une crainte que le lecteur connaîtra bientôt, elle n’avait point songé au titre qu’il venait d’invoquer, aussi se trouva-t-elle, pour ainsi dire, prise au dépourvu. Cependant, elle s’efforça d’échapper à son embarras par l’audace.