—Monsieur le duc n’espère point, sans doute, nous faire prendre au sérieux ses prétentions, dit-elle avec hauteur; dans quelques instants, mademoiselle Honorine Louis portera un nom qui lui rendra inutile toute protection étrangère.

—Mais elle ne le porte point encore, madame la comtesse, objecta M. de Saint-Alofe, et d’ici là, vous ne pouvez repousser la demande que je viens vous faire.

—Et quelle est-elle, Monsieur?

—Obligé, par mon devoir, de veiller sur la pupille que M. de Vercy ne peut plus protéger, je désire l’entretenir ici une fois, une seule, mais sans témoins, sans interruptions et librement.

Les traits de la comtesse s’assombrirent.

—Et dans quel but cet entretien? reprit-elle.

—Un autre refuserait peut-être de le dire, répliqua le vieillard, mais je crois devoir la vérité à madame la comtesse. Je veux voir la jeune fille dont l’avenir va s’engager, pour savoir si cet engagement est spontané, réfléchi; si elle connaît bien celui qu’elle épouse; si ce mariage, enfin, est une libre préférence ou une condition qu’elle subit.

—Et vous avez pensé que nous pourrions permettre cet injurieux examen? s’écria madame de Luxeuil.

—J’ai pensé que madame la comtesse comprendrait la nécessité de s’y soumettre, dit M. de Saint-Alofe toujours calme.

—Jamais! Monsieur, jamais! interrompit la mère d’Arthur. Toutes les conditions exigées par la loi ont été remplies; nul ne peut s’opposer désormais à ce mariage, et monsieur le duc moins que tout autre, car le titre de tuteur qu’il invoque, son absence le lui a fait perdre: ni mon fils ni moi ne reconnaissons son autorité, et nous n’avons rien à démêler avec lui.