—Vous pouvez, en effet, contester mes droits, dit le vieillard tranquillement, les annuler peut-être; je ne me suis fait à cet égard aucune illusion; mais, avant que les juges aient décidé entre nous, tout projet de mariage devra demeurer suspendu, et c’est là, pour le moment, ma seule prétention.

—Et si nous passons outre, Monsieur? demanda madame de Luxeuil avec une ironie emportée.

—Alors, répéta le duc d’un ton ferme, je vous suivrai devant l’officier de l’état civil, et, là, publiquement, toutes portes ouvertes et le testament de la baronne à la main, je déclarerai m’opposer à la célébration du mariage; j’interrogerai tout haut mademoiselle Honorine Louis, je lui dirai les vrais motifs de la recherche de son cousin; je l’avertirai du sort qui l’attend, et si elle doute, je lui offrirai des preuves.

—Des preuves!

—Les voici! des lettres écrites par votre fils à la maîtresse que son mariage doit enrichir! Vous voyez que rien ne me manque, et que je suis assez fort pour n’avoir pas besoin de vous surprendre.

Le vieillard parlait avec une fermeté nette et sûre d’elle-même qui épouvanta la comtesse. Rien ne pouvait l’empêcher de faire ce qu’il venait d’annoncer, et, s’il le faisait, tout était évidemment perdu. Aussi, madame de Luxeuil demeura-t-elle un instant étourdie; puis, passant, comme toutes les femmes, du saisissement au dépit, elle chercha à masquer ses craintes sous des paroles de menace.

Mais Vorel l’interrompit. Il s’était borné, jusqu’alors, au rôle d’auditeur silencieux, regardant alternativement les deux interlocuteurs; lorsqu’il comprit enfin, au trouble irrité de la mère d’Arthur, que le danger devenait sérieux, il prit à son tour la parole.

—Pardon, dit-il vivement, mais comme oncle de mademoiselle Honorine Louis, je crois avoir droit de prendre part à ce débat. La résolution que vient d’annoncer M. le duc ne pourrait s’accomplir sans un scandale également fâcheux pour tout le monde, et nous devons l’éviter à tout prix.

M. de Saint-Alofe fit un signe d’assentiment.

—J’ajouterai, reprit le docteur, que la demande adressée par lui à madame la comtesse me paraît trop juste pour pouvoir être repoussée.