Madame de Luxeuil le regarda avec surprise.
—Quoi! s’écria-t-elle, vous voulez que je consente à un interrogatoire...
—Que vous ne pouvez craindre, madame la comtesse, interrompit rapidement Vorel; les inquiétudes de M. le duc, bien que mal fondées, j’en ai la certitude, sont excusables; je les approuve, et s’il le faut, j’appuierai sa prière.
Madame de Luxeuil voulut protester.
—Oh! de grâce, ne persistez pas dans votre refus, reprit le docteur avec un accent marqué qui rendit la comtesse attentive; une plus longue résistance justifierait des soupçons qu’il faut dissiper. Je demanderai seulement à M. le duc, comme médecin, de retarder cette entrevue de quelques instants. L’émotion de cette journée a déjà éprouvé mademoiselle Honorine; elle vient de s’évanouir et se trouve encore dans un état nerveux qui rendrait toute agitation nouvelle dangereuse.
Le duc répondit qu’il avait appris, en arrivant à l’hôtel, l’évanouissement de la jeune fille, et qu’il attendrait tout le temps nécessaire.
—Dans ce cas, reprit Vorel, en tirant un portefeuille et écrivant quelques mots au crayon, que madame la comtesse veuille bien exécuter cette simple prescription; l’entrevue pourra ensuite avoir lieu sans aucun danger.
Il déchira la feuille sur laquelle il avait écrit et la présenta à madame de Luxeuil; celle-ci parut d’abord disposée à résister, mais à peine eut-elle jeté les yeux sur les mots tracés par le médecin, qu’elle changea de visage.
—Soit, dit-elle, avec un reste d’irritation mal maîtrisée; puisque c’est le seul moyen d’éviter un débat ridicule, je l’accepte. M. le duc peut attendre ici.
Elle salua légèrement et sortit.