Nous avons dit comment ses soins avaient réussi à ranimer la baronne. Dès qu’il la jugea en état de parler, il lui adressa quelques questions qui cachaient, sous leurs formes bienveillantes, la préoccupation du médecin; mais au moment même où la malade allait répondre, M. Vorel entra conduit par la nourrice.
Il arrivait du Vivier et venait d’apprendre les événements de la nuit dont il semblait tout ému. Sa belle-sœur fit un effort pour lui tendre la main et le présenter à M. Darcy, qui l’accueillit avec bienveillance; quant à la comtesse, elle répondit brièvement à son salut et à ses compliments, comme une personne qui souffre d’être forcée à la politesse, et demanda la permission de se retirer pendant que les deux médecins examineraient ensemble la malade.
Leur consultation dura longtemps. Lorsqu’ils rejoignirent madame de Luxeuil au salon, tous deux avaient l’air troublé.
—Ah! mon Dieu, qu’y a-t-il? s’écria la comtesse, en regardant M. Darcy.
—Une mauvaise nouvelle, répondit celui-ci, avec l’affectation de dureté des gens qui souffrent de vous affliger et qui ne veulent point en avoir l’air.
—Vous trouvez ma sœur bien mal?
—Mourante!
Madame de Luxeuil, qui prévoyait la réponse, poussa un cri préparé, se laissa tomber sur un fauteuil qu’elle avait remarqué d’avance, et renversa la tête en arrière, comme si elle eût été près de se trouver mal; mais le regard expérimenté de M. Darcy reconnut sur-le-champ qu’il n’y avait rien à craindre.
—Allons, belle dame, dit-il en prenant une de ses mains et la frappant avec distraction, comme s’il se fût agi de dissiper un évanouissement de théâtre, soyez raisonnable; vous-même aviez prévu ce malheur.
—Madame ne le supposait point sans doute si prochain, fit observer M. Vorel de sa voix la plus séduisante, et vous le lui avez annoncé si brusquement.