Par un mouvement rapide et instinctif, la comtesse s’éloigna du secrétaire, en s’efforçant de cacher les papiers qu’elle tenait; mais sa sœur s’était soulevée avec un effort violent.
—J’ai vu... j’ai vu! bégaya-t-elle.
—Quoi donc? demanda madame de Luxeuil troublée.
—Le testament!... c’est lui... je l’ai reconnu... vous l’avez pris là... A moi! Quelqu’un!... du secours!
La voix de la malade avait un accent de terreur et s’était élevée; sa main rencontra le cordon de la sonnette qu’elle tira avec violence.
—Que faites-vous? s’écria madame de Luxeuil en s’élançant vers l’alcôve.
—Ce papier, répéta la baronne, qui s’efforça de saisir le bras de sa sœur, rendez-le moi, je le veux!
La comtesse sembla hésiter un instant; mais tout à coup elle se dégagea, courut au foyer et jeta le testament dans les flammes.
La mourante poussa un cri et voulut se précipiter hors du lit; mais les forces lui manquèrent. Il y eut pendant quelques instants une lutte affreuse à voir entre sa volonté et sa faiblesse: la tête dressée, les bras tendus, et cherchant un point d’appui dans le vide, le corps tordu dans un effort suprême, elle se souleva trois fois à demi, mais enfin, épuisée, elle se laissa retomber sur son oreiller, la tête renversée en arrière, les deux mains sur ses yeux, et en poussant un gémissement désespéré.
Dans ce moment, madame de Luxeuil entendit un bruit de pas dans l’escalier, et reconnut la voix de la jeune nourrice. Craignant qu’elle n’eût entendu l’appel de sa maîtresse, elle courut à sa rencontre pour l’empêcher d’entrer, et la malade se trouva de nouveau seule avec sa fille.