—N’entendez-vous pas ses cris?

—L’enfant n’a point d’autre manière d’exprimer ses impressions et ses caprices; il crie, comme l’être raisonnable gronde, parle ou chante.

—Mais, Honorine pleure, docteur!

—La sécrétion des glandes lacrymales est toujours abondante à cet âge. On voit bien, ma sœur, que vous en êtes à votre premier enfant, tout vous inquiète.

—Mais songez qu’elle aura bientôt trois ans, reprit la mère, en montrant la petite fille malingre et abattue.

—Je le sais, répondit le médecin; elle est née huit mois après la mort du général.

La malade fit un signe affirmatif.

—Pauvre Louis! continua M. Vorel avec une bonhomie affectée, s’il eût vécu, quel bonheur pour lui de se trouver père!... et surtout quel bonheur inespéré! car il m’a répété bien des fois qu’il n’y comptait plus. Il croyait avoir des raisons de croire.... Enfin, il s’est trompé! Mais il faut avouer, ma sœur, que ce voyage en Vendée pour rejoindre le général, a été un heureux hasard!

La baronne ne répondit pas et se pencha vers l’enfant, dont elle agrafa la pelisse.

—Ne serait-il pas prudent de faire rentrer Honorine? demanda-t-elle après un court silence.