L’incendie, activé par le vent, achevait de tout envahir. Les charpentes, embrasées les premières, croulaient avec le chaume, qui s’éparpillait en pluie de feu; les murs mêmes, calcinés par la flamme, fléchissaient en mugissant, et semaient, dans le brasier, leurs pierres noircies.

Cependant Marc, haletant et aveuglé, continuait à courir au milieu de ces débris fumants en appelant du secours et en cherchant une issue. Enfin, il croit distinguer, au milieu de la fumée, un endroit où les poutres abattues ont entraîné une partie du mur; il y court, il franchit les ruines fumantes, il atteint le sommet de la brèche! Déjà l’air frais du dehors le frappe au visage; encore un effort et il est sauvé!...

Mais, tout à coup, la pierre qui le soutenait se détache; ses mains glissent sur le mur brûlant, il pousse un cri et retombe enseveli sous les décombres!

VII.
Trois amis du grand monde.

Environ une heure avant les événements racontés dans le chapitre précédent, trois cavaliers venant de Maillecour, se dirigeaient vers la grande route d’Orléans, en suivant un de ces chemins de traverse, larges et ombragés, qui forment autour de Paris comme un réseau d’avenues dont on aurait supprimé les châteaux.

Il suffisait d’un coup d’œil pour reconnaître que tous trois appartenaient à cette aristocratie que l’on est convenu d’appeler le monde élégant, mélange d’oisifs et d’enrichis qui donnent le ton à la nation, à peu près comme ces chefs d’orchestre de province dont le la est toujours faux.

Les trois cavaliers dont nous parlons occupaient, du reste, des places différentes dans cette société fashionable. Arthur de Luxeuil représentait la classe extravagante dont l’existence entière se perd en folies de convention et en futilités bruyantes; Marcel de Gausson, la portion d’élite qui ne livre à la mode que les surfaces de la vie; Aristide Marquier, enfin, cette fraction des lions imitateurs, qui, à tous les vices décalqués sur les autres, ajoutent le ridicule de leur propre fonds.

Le costume de chasseurs qu’ils portaient tous trois révélait, pour ainsi dire, ces natures différentes. Celui d’Arthur de Luxeuil, composé d’après les dernières prescriptions de la mode, comprenait tous ces perfectionnements compliqués et bizarres empruntés au sport anglais; chaque pièce de son équipement avait une forme inusitée qui annonçait, au premier aspect, le brevet d’invention.

Celui de Marcel de Gausson, au contraire, était si simple, que l’œil s’y arrêtait sans être frappé d’aucun détail. Il saisissait seulement l’élégance de l’ensemble qui présentait une sorte de compromis tellement adroit, que l’on pouvait y voir également, selon ce qu’on était soi-même, le sans-façon du penseur, ou le distingué de la fashion. Marcel paraissait toujours mis comme celui qui le regardait.

Quant à Marquier, c’était un petit homme empâté et myope, que l’on reconnaissait sur-le-champ pour la contrefaçon d’Arthur de Luxeuil. Son costume était surchargé d’une prodigieuse quantité de ganses, de houppes, de plaques, de ciselures, chatoyant ou tintant à chaque geste, qui lui donnaient un air vulgaire et triomphant impossible à décrire. Mais on devinait l’avarice sous cette prodigalité de mouvais goût. A travers ses embellissements inutiles, l’équipement révélait la fabrication fardée des bazars. Il suffisait de regarder avec quelque attention pour reconnaître que l’argent n’était que du cuivre plaqué, l’ivoire que de l’os tourné, la peau de daim que du chien passé à la teinture, l’écaille que de la corne fondue, et la soie que du coton. Marquier ressemblait à la devanture d’une boutique à pris fixe; il n’était revêtu que de mensonges!