—C’est la fille du général, reprit la fermière avec une nuance d’orgueil; elle n’a pas pris avec son mari, et alors elle est venue me demander de la garder.

—Voyez-vous ça, dit la Sureau en continuant à regarder Honorine qui rougissait; on a ben raison de dire que dans la grande ville les ménages sont comme la caniviere au diable; le mâle et la femelle n’en valent rien. Mais dites-moi donc, mam’Louis, si c’est la fille au général, c’est la cousine à Zozo.

—Certainement.

—Ah bien! il va être joliment étonné; dis donc, Zozo, viens ici; il y a une belle dame de Paris qui est ta parente; viens l’embrasser.

Celui qu’on appelait parut à la porte du pavillon. Bien qu’il eût trois ans de plus qu’Honorine, sa taille ne dépassait pas celle d’un enfant. Il avait les cheveux rares et blonds, les yeux gros, la mâchoire pendante et le teint d’une blancheur blafarde. De longs poils follets, témoignages d’une virilité manquée, garnissaient son menton et ses joues.

Il s’avança d’abord, d’un air incertain et en se balançant, jusqu’à moitié de la cour; mais dès que sa myopie lui permit de reconnaître la fermière, il s’arrêta.

—Eh bien! approche donc, grand’jodane, s’écria celle-ci; est-il mal housté (habillé) au moins; toujours les bas sur les talons. Avec ça qu’il marche de travers comme un chien qui revient de vêpres; c’est ma vraie croix que ce failli gars de rien du tout.

L’idiot, qui était d’abord resté immobile, fit un mouvement pour rentrer au manoir; Honorine en eut pitié; elle courut à lui, prit sa main et dit doucement:

—C’est moi, monsieur Henri, qui suis votre cousine, ne voulez-vous point me souhaiter la bien-venue?

Zozo, rassuré par cette douce voix, regarda la jeune femme dont il n’avait pu, de loin, distinguer les traits, et parut frappé d’admiration.