Elles étaient arrivées à la porte du manoir: la mère Louis frappa.
Une servante déjà vieille, mais encore robuste, vint ouvrir.
C’était la Sureau, espèce de bête de somme qui servait le docteur depuis trente ans sans avoir jamais reçu de lui autre chose que le vêtement et la nourriture. Ses gages restaient aux mains de son maître, qui lui avait promis de ne point l’oublier dans son testament. Cette espérance était devenue l’unique pensée de la Sureau; elle vivait pour l’accomplissement de ce rêve, elle y rapportait toutes ses actions; c’était le règne de mille ans promis à son avenir. Fatigues, privations, gronderies, elle se consolait de tout avec ce mot:
—Je serai sur le testament de Monsieur.
Elle salua la mère Louis du ton familier ordinaire aux vieux serviteurs.
—Eh bien! oùs’ que vous êtes restée? demanda-t-elle un peu brusquement, j’attendais toujours après les œufs que vous aviez promis.
—Fallait-il pas tout laisser pour te les apporter, dobiche (vieille femme), répliqua la fermière, pourquoi que tu n’es pas venue les chercher.
—J’ai pas eu le temps dans la veprée (soirée).
—Eh bien! ni moi; chacun connaît midi à sa porte, vois-tu; j’avais une vache malade... puis il m’est arrivé une Parisienne à la ferme; tu ne vois pas?
—Ah! c’est une dame de Paris! dit la Sureau, qui jeta à Honorine un regard soupçonneux et presque malveillant; et quoi donc qu’elle vient faire au pays?