—Ah! Madame! s’écria Françoise attendrie, comment vous remercier...
—C’est qu’en attendant, je vous avertis, reprit la mère Louis toujours précautionneuse, si j’trouve à la louer plus tard, faudra déménager... mais pour le moment vous serez toujours à l’abri avec le petit... Quel âge qu’il a vot’gars?
—Trente mois, Madame.
—C’est éveillé comme un jacquet (écureuil), donnez-le moi donc un peu.
—Mon Dieu! je vous demande bien pardon, dit timidement Françoise, mais il est si accoutumé à moi qu’il ne veut point me quitter... Veux-tu aller à madame?
L’enfant regarda la fermière, et, trompé sans doute par son costume qui lui rappela son ancienne nourrice, il se jeta dans ses bras avec un cri joyeux.
—Vous le voyez qu’il veut bien venir, dit la mère Louis en le faisant sauter.
—C’est la première fois! répliqua Françoise étonnée, et madame est la seule personne qui ne lui ait point fait peur.
—Et pourquoi donc que je lui ferais peur à ce pauvre friquet, dit la paysanne visiblement flattée de l’exception faite en sa faveur par l’enfant; ces petits, ça sent le monde, voyez-vous; ça a l’instinct de connaître les bons des maxis (méchants); pas vrai, mon jacquet; allons, gazouille; grimpe sur ma falle (estomac); a-t-y l’air dégoté au moins; je veux que nous soyons bons amis. Dites donc, ma fille, comment qu’on vous appelle?
—Françoise, Madame.