—Je ne sais pas... mais je voudrais dormir....

En prononçant ces derniers mots d’une voix alourdie, la jeune fille commençait à dégrafer sa robe, comme si elle eût été seule.

—Couchez-vous, dit le bossu qui gagna la porte; je reviendrai savoir comment vous vous trouvez. Vous n’auriez pas besoin de quelque chose?

—Non, murmura Françoise, dont les yeux se fermaient, je voudrais seulement... ne plus sentir... rien... Ce jour... fait mal!

Le bossu ferma avec soin les rideaux, et se retira.

II
Une mère.

Lorsqu’il revint une demi-heure après, Françoise était tombée dans une somnolence entrecoupée de plaintes sourdes; elle n’ouvrit point les yeux à son approche et répondit à peine à ses questions.

Cet état s’aggrava encore pendant les heures qui suivirent. Brousmiche avait fait avertir la femme de ménage du pharmacien qui avait été garde-malade, et dont l’expérience lui inspirait une grande confiance. Celle-ci examina Françoise, lui proposa tour à tour du café, de la pâte de guimauve, une rôtie au vin, et, sur le refus de la jeune femme, déclara que son état réclamait les soins du médecin.

Il fallut courir trois heures avant d’en trouver un; car Paris est la ville du monde où il y a, en même temps, le plus de médecins qui manquent de malades, et de malades qui manquent de médecins. Enfin, vers le soir, il en arriva un qui déclara que madame Charles était atteinte d’une congestion cérébrale, dont il décrivit en termes scientifiques les caractères et les dangers. A chaque mot incompréhensible, Brousmiche levait les yeux au ciel, comme si on lui eût enlevé une espérance, tandis que l’ex-garde-malade faisait un signe de tête pour saluer d’anciennes connaissances.

Après cette petite leçon de clinique, réclame obligée par laquelle le médecin constate sa science aux yeux des ignorants, vinrent les prescriptions données en langage plus humain, et que le portier promit de suivre scrupuleusement.