Mais, malgré ses soins et l’appropriation du traitement, le mal ne parut point céder. L’état de Françoise, sans devenir plus grave, resta aussi inquiétant. Le médecin s’efforça en vain de déterminer quelque crise décisive, il ne put arracher les puissances vitales à leur engourdissement. On eût dit que la mort et la vie se sachant de force égale campaient vis-à-vis l’une de l’autre, comme deux ennemies qui n’osent risquer une bataille.
Cette espèce d’attente se prolongea plusieurs jours; enfin, pourtant, les symptômes les plus fâcheux disparurent, mais sans que Françoise retrouvât l’activité de ses perceptions. A la torpeur de la maladie, succéda un anéantissement que rien ne put surmonter. Toute l’énergie de cette vigoureuse nature avait été sourdement usée par ce combat de quelques jours; elle demeura vaincue, épuisée et n’ayant plus que les apparences de la vie.
Les jours, les semaines s’écoulèrent sans rien changer à la situation de Françoise. Guérie en apparence, elle demeurait ensevelie dans sa langueur indifférente: n’entendant jamais qu’après plusieurs appels, répondant par monosyllabes, elle restait des heures entières dans la position qu’on lui avait donnée, les mains à plat sur ses genoux, les yeux fixes devant elle, la respiration courte, mais égale. Brousmiche montait vingt fois par jour à la chambre de la convalescente, et redescendait chaque fois, le cœur serré.
—Tout est fini, mam’Berton, disait-il à la femme de ménage du pharmacien; mieux vaudrait qu’elle fût enterrée que de vivre ainsi comme une morte.
—Faudrait essayer la jarlatine, répliquait madame Berton, qui répétait l’avis du pharmacien; ça se compose avec des os de morts, ça se prend en bain et ça fait l’effet d’un grand bouillon qui restaure tout l’individu.
Mais le bossu secouait la tête.
—J’ai bien peur que tous les remèdes n’y fassent rien, mam’Berton, reprenait-il tristement; on dirait, voyez-vous, que la pauvre femme vit encore sans s’en apercevoir, et que son âme est déjà partie.
A ces mots, l’ex-garde-malade, que ses relations avec les hommes de la science avaient rendue esprit fort, haussait les épaules en répliquant:
—Dites donc pas de ces bêtises-là, monsieur Brousmiche; l’âme, c’est un préjugé des gens sans éducation.
Et elle revenait à la gélatine indiquée par le pharmacien, qui en vendait.