—Pas vrai, voisin, reprit la fermière plus haut, et se retournant vers de Gausson; pas vrai que la dernière fois vous m’avez parlé de quitter le pays?
—En effet, dit Marcel.
—Et vous êtes décidé sur l’endroit?
—Pardon, reprit le jeune homme, en regardant Honorine avec intention; j’ai tout à l’heure expliqué à Madame mes projets.
—Ah! eh bien, qu’est-ce que c’est, mezette, y part?
—Non, ma mère, balbutia Honorine émue, il reste!
En acceptant l’espèce de compromis proposé par de Gausson, la jeune femme n’avait pas seulement obéi à la crainte de le voir s’éloigner; elle avait aussi cédé, sans le savoir, à sa propre inclination. Ces lettres qu’il demandait à lui écrire, et qu’elle avait d’abord refusées, elle les désirait de toute l’ardeur de son amour et de son isolement.
La première qu’elle reçut la jeta dans une agitation inexprimable. Marcel la remerciait avec effusion d’avoir consenti à cette correspondance; il lui racontait la joie qu’il trouvait à lui écrire de son donjon à demi ruiné; il réglait, pour l’avenir, l’emploi de ses journées solitaires, et cette solitude était pleine du souvenir d’Honorine.
Ainsi qu’il l’avait promis, sa lettre ne renfermait aucun aveu; mais l’amour brillait à travers, comme ces lumières qu’enveloppe un globe d’albâtre.
Pendant la journée, Honorine s’échappa dix fois pour relire cette lettre qu’elle savait par cœur le soir, et qu’elle passa une partie de la nuit à relire encore!