—On ne l’saura ben que trop tôt! répliqua Micou d’un air triste. Quand les choses vont pas à l’ordinaire, voyez-vous, c’est que l’bon Dieu s’est écaré (impatienté) contre ceux d’en bas et qu’y veut effriter (effrayer) par un exemple. Romain est dur avec les pauvres gens, il a donné un mauvais coup à sa sœur qui en est morte; le bon Dieu n’oublie pas ça, non; et il faudra ben que le fermier du Vrillet ravoue (répare) ses mauvaisetés.
Honorine, placée à quelques pas du cercle de paysans, près de la mère Louis, qui sommeillait dans son fauteuil de jonc, et de Françoise, occupée à bercer son fils sur ses genoux, n’avait jusqu’alors pris aucune part à la conversation. Mais à ces derniers mots, elle se tourna vers Micou et lui dit en souriant:
—Alors vous pensez que la punition s’arrêtera à Romain, vieil Anselme, et que les braves gens n’auront rien à craindre?
—Perjou! s’écria le garçon de charrue: ça ne serait pas juste si nous étions housqués (punis) pour l’homme du Vrillet; faudra que le malheur s’arrête à lui et à son fait.
—Oui, s’il n’y a qu’un pécheur dans le pays, reprit Micou; mais si on les trouve à grouée (en quantité) faudra ben que le bon Dieu frappe partout. Ah! il y a longtemps que je dis qu’y s’lassera; mais on est calard (paresseux) pour sortir du mal; et ben v’là le jour où faudra faire ses comptes; y aura des signes...
Un éclair, suivi d’un cri terrible, interrompit le berger. Les paysans effrayés se retournèrent. Françoise pâle, le corps rejeté en arrière et enveloppant son enfant d’un de ses bras, comme pour le défendre, montrait de l’autre main la fenêtre ouverte. Tous les yeux prirent cette direction; mais l’éclair avait passé et l’on n’apercevait plus au dehors qu’un abîme obscur.
—Qu’est-ce qui a ripé (crié)? dit la mère Louis éveillée en sursaut.
—Quoi donc est-ce que vous avez, ajoutèrent les voix des domestiques?
—Je l’ai vu, bégaya Françoise, là, j’en suis sûre.
—Qui ça?