—Qu’l’autre n’a plus de droit, n’est-ce pas? interrompit la fermière, vous m’avez entortillée tezi-tezant (tout doucement), j’ai signé le papier; mais j’irai voir le notaire...
Et s’interrompant tout à coup.
—C’est-à-dire non, s’écria-t-elle; j’ai même pas besoin de lui.
Elle courut à son armoire, l’ouvrit vivement, fouilla sous une énorme pile de draps, jaunis faute d’usage, et retira un papier dont l’enveloppe soigneusement cachetée portait le mot TESTAMENT.
A sa vue Vorel fit un geste de saisissement.
—Vous n’saviez pas qu’on m’l’avait rendu, dit la fermière d’un air de triomphe; mais le v’là.
—Et que voulez-vous faire? s’écria le médecin.
—J’veux rendre justice à tout l’monde! répliqua la mère Louis; avec ça vous comptiez houquer (voler) sa part à la petite de Paris, et ben faut en faire vot’deuil.
L’action avait accompagné la parole et le testament était déchiré avant que le médecin eût pu s’y opposer. Au cri qu’il jeta, la paysanne tourna vers lui un regard de vengeance satisfaite et continua son œuvre de destruction.
—Ah! tu me menaces, méchant halabre, reprit-elle avec un acharnement haineux; tu oses mettre la main sur moi, eh bien, ça te coûtera gros. Tiens, tiens, en v’là une pluie de papier; autant de morceaux autant de lesches de terre perdues pour toi. Tu m’disais tout à l’heure de tout finir: v’là que j’finis: mais tu vois bien que c’est toi qui paies les trois paires de bœufs, et un bon prix encore; vingt mille écus de rente pour six bêtes maigres. Ah! ah! ah! ça t’apprendra qu’y faut pas faire le maxi (méchant) avec la mère Louis.