—Eh ben! picot (dindon), c’est comme ça que t’es rufle (courageux), dit le fermier avec colère. Veux-tu nous faire sourguer (surprendre)?

Il ramena en même temps le corps vers lui et frappa sa monture du talon; mais, au même instant, le galop d’un cheval se fit entendre au fond du chemin creux qu’ils allaient prendre; il approchait rapidement et les trois paysans aperçurent bientôt, dans l’ombre, un cavalier qui venait droit à eux.

Il y eut un mouvement d’épouvante. Fareu s’était arrêté; Richard lâcha de nouveau le fardeau qu’il soutenait, et Romain lui-même fit un mouvement pour sauter à terre.

—Nous sommes pris! murmura le vieux paysan.

—Faites entrer le cheval dans le pré! répliqua le fermier.

Fareu tira la corde à lui; mais la brèche qu’il fallait franchir se trouva fermée par une claie, et le cavalier approchait toujours; il n’était plus qu’à quelques pas lorsque Honorine se redressa avec un soupir.

Romain serra convulsivement l’écharpe, se courba à moitié pour retenir le corps qui glissait à terre, et murmura à l’oreille de Richard:

—Si tu grouces (remues), tu es frit.

Le jeune paysan demeura glacé et muet.

Le cavalier n’était plus qu’à quelques pas; il avait ralenti l’allure de son cheval, et tenait les yeux fixés sur les trois hommes que l’ombre des arbres ne lui permettait point de bien distinguer. Il s’arrêta même un instant, comme s’il eût voulu se rendre compte de ce groupe étrange, puis remettant son cheval au trot, il passa en se retournant plusieurs fois.