Ce nom parut réveiller la mémoire de Françoise.

—La perte! répéta-t-elle lentement..... Ah! oui, je me souviens... il avait disparu, et vous n’avez point eu de nouvelles?

—Aucune.

—Il y a longtemps, n’est-ce pas?

—Bientôt deux mois.

Françoise baissa la tête et redevint silencieuse; mais, à la contraction de ses sourcils et de ses lèvres fermées, il était aisé de voir qu’elle faisait effort pour ressaisir les fils rompus de ses souvenirs. Par instants un éclair illuminait ses traits, puis un nuage le faisait disparaître; c’était une lutte acharnée entre la volonté renaissante et la mémoire encore endormie. Celle-ci finit pourtant par se ranimer insensiblement. Des mots entrecoupés s’échappaient des lèvres de la jeune femme, comme si elle eût voulu aider par le son à ses souvenirs. Mais, tout à coup, un nom machinalement ramené par l’habitude, celui de Charles, la fit tressaillir. Ce nom était la clef magique devant laquelle devait se rouvrir le passé. Subitement assaillie par tous ses souvenirs, elle se redressa: ses mains se pressèrent sur sa poitrine, puis sur ses tempes, puis sur son front. On eût dit qu’elle voulait modérer les flots d’images douloureuses qui reprenaient à la fois possession de tout son être.

Cette crise terrible ne dura que quelques instants et se termina par un cri qui résumait, pour ainsi dire, tout le passé et tout l’avenir.

—Mon enfant! où est mon enfant? bégaya la malheureuse mère en tendant les mains.

Brousmiche qui était resté saisi d’épouvante, se rappela subitement le motif de sa venue.

—L’enfant est bien, mam’selle Françoise, s’écria-t-il, n’ayez pas d’inquiétude; voici de ses nouvelles: