Marquier, qui était enfin parvenu à s’emparer d’un beignet, le déclara excellent. L’actrice versa à boire, et la gaieté devint de plus en plus expansive. Le cidre fini, on passa au vin muscat et du vin muscat au vin de Champagne. Les musiciens, qui étaient gris, se livraient à des plaisanteries équivoques; le jeune Normand, rouge comme une pêche en espalier, se défendait à chaque instant plus mal contre les agaceries de la nièce du cocher. Floridor seul avait conservé sa même figure blafarde et son même flegme effronté. Il continuait à manger, à boire, à lancer ses quolibets avec une continuité mécanique, tandis que Clotilde, folle de gaieté, dansait une polonaise des plus hasardées avec Marquier. Mais après trois ou quatre tours de salon, elle se laissa tomber sur un divan en s’éventant avec un coussin.

—Ah! bah! vous n’avez pas le chic, s’écria-t-elle, on dirait que vous avez peur de vous échauffer.

—Près de vous, cela se comprend, dit le banquier avec une galanterie égrillarde.

Clotilde le regarda par-dessus son épaule nue.

—Ah! si vous retombez dans le genre pair de France, merci! dit-elle; j’en ai assez comme ça.

—En effet, reprit Marquier qui jeta un coup d’œil dédaigneux sur la réunion; je vois que vous vous ennuyez de la bonne compagnie.

—Tiens, c’est étonnant peut-être? vous ne parlez que de chevaux et de Bourse. Vous, surtout, vous êtes amusant comme un almanach de cabinet.

—Ah! ah! est-elle méchante, dit Marquier en s’efforçant de rire, vous voulez me taquiner, mais j’ai toujours été cité pour mon bon caractère, ma belle; je ne me fâche jamais... mal à propos, et, la preuve c’est que je veux vous rendre un service.

—Avec combien de commission? demanda l’actrice hardiment.

—De commission, répéta Marquier un peu déconcerté; pardieu! vous m’y faites penser; au fait, j’ai droit à une commission, je la réclame.