Clotilde le regarda d’un air de surprise mêlé de dépit.

—Ça vous est donc égal? s’écria-t-elle.

—Du tout, reprit Arthur, ne voyez-vous pas, au contraire, que je suis désespéré... Comment pourrait-on perdre sans regret des charmes... qui augmentent chaque jour.

Clotilde se mordit les lèvres. Depuis quelque temps en effet, elle luttait contre un embonpoint toujours croissant, et qui lui inspirait de sérieuses inquiétudes.

—Malheureusement, je devais m’attendre à cet abandon! continua de Luxeuil, qui comprit qu’il avait touché le point sensible; il y a maintenant à Paris trop d’Orientaux amoureux des beautés développées... Je parie, ma chère, que vous êtes en pourparlers avec l’ambassade ottomane.

L’actrice haussa les épaules.

—Dans ce cas, tenez bon, continua Arthur du même accent persiffleur; la beauté est pour ces messieurs une question de poids, et vous avez à cet égard un avenir incalculable!...

—Ah! vous m’ennuyez à la fin! s’écria Clotilde poussée à bout; si j’engraisse physiquement plus que de raison, vous, mon cher, vous maigrissez pécuniairement plus qu’il ne faudrait.

Ce fut au tour d’Arthur de se mordre les lèvres.

—C’est gentil de faire le millionnaire, continua-t-elle aigrement, mais il ne faut pas que ce soit avec l’argent du carrossier, du maquignon et du tapissier. Croyez-moi, mon petit, il est temps de mettre de l’ordre dans vos affaires et de vous corriger de vos vices.