—Nous venons de votre hôtel.

—Je vous dois alors des excuses...

—Nullement; nous voilà, nous allons entrer.

XVIII
M. Vankrof.

De Cillart s’était arrêté devant la porte d’un vaste hôtel, dont le péristyle était soutenu par des colonnes de stuc. Il entra avec ses compagnons, et tous quatre arrivèrent à un vaste escalier couvert de tapis précieux et bordé de vases de marbre garnis de plantes rares. Ils traversèrent un large palier, au milieu duquel s’élevait une naïade de bronze versant l’eau dans une vasque marine, et se trouvèrent enfin dans une antichambre où attendaient plusieurs laquais en livrée. L’un d’eux leur ouvrit un salon somptueusement décoré, tandis qu’un second allait les annoncer à M. Vankrof. D’Alpoda plaça son lorgnon entre la joue et le sourcil et l’y retint au moyen de cette grimace qui nous a été transmise par le dandysme d’outre-mer; il promena autour de lui un regard rapide.

—Eh bien, ce n’est pas trop hollandais tout cela, dit-il avec un accent moqueur dans lequel perçait l’envie; il faut que ce M. Vankrof ait près de lui quelqu’un qui s’y entende.

—Personne, répliqua de Cillart, c’est lui-même qui s’occupe de tout.

—Ah! bah! Est-ce qu’on aurait du goût sur l’Escaut?

—On a de l’argent qui en tient lieu. Tout ce que vous voyez ici n’est qu’imitation; ces consoles sont copiées sur celles du Louvre, cet éclairage sur celui de la galerie Aguado, ces socles sur ceux de Munich, seulement on y a mis le prix, et l’imitation est parfaite.

—Ah! j’entends, reprit d’Alpoda, notre Belge se livre à la contrefaçon sous toutes les formes. Eh bien, à la bonne heure, j’aime que l’on soit de son pays. En définitive, son hôtel est magnifique et tout m’y semble parfaitement à sa place... excepté lui. Comprenez-vous un pareil type vivant familièrement au milieu des Antinoüs et des Apollons!