—Et à quelle cause attribuez-vous donc sa maladie? demanda Marcel.

—A la cause qui a amené tous les autres malheurs, répliqua le berger. Il y a des temps, voyez-vous, où l’on dirait que tous les bons anges-gardiens abandonnent une maison. Voici la treizième récolte depuis que le feu a pris aux granges, où mam’ Louis a manqué brûler! treize ans avant, son fils le général est mort quasi subitement, et il y avait alors juste treize ans qu’elle était veuve!

—Et que concluez-vous de ces coïncidences?

—Ça prouve, Monsieur, que tous les treize ans l’esprit de malheur est maître du Motteux et que nous tombons tous à sa merci.

De Gausson sourit.

—Encore les mêmes idées, père Micou, dit-il; vous ne pouvez croire que le mal vienne naturellement.

—Non, Monsieur, dit le berger, ça ne peut pas être le bon Dieu qui frappe comme ça sans regarder; faut que l’autre soit queuq’ fois le maître pour tout bonessonner (troubler). Sans ça comment qu’y aurait tant d’injustice et de méchanceté sous la toiture du ciel? Voyez plutôt cette jeune dame de Paris pour qui vous avez de l’amitié, qui est-ce qui lui a fait faire un cumblet (saut) dans le Petit-Tourbillon?

—Toutes mes recherches pour le découvrir ont été inutiles, répliqua Marcel.

—Parce que les auteurs de la chose ne craignent pas les juges, reprit Micou avec conviction; vous n’avez ni vu leur figure, ni entendu leur voix, non! c’était noir et ça ne parlait pas; mais s’ils n’ont pas réussi à neyer la dame, y n’la perdent pas pour ça de vue.

—Que voulez-vous dire?