—Ah! pouvez-vous me parler ainsi! dit la jeune femme, dont les larmes, retenues jusqu’alors, coulèrent silencieusement.

—Allons v’là qu’elle pigne maintenant, reprit la fermière en repoussant la baratte à beurre; si c’est pas capable de vous tourner le sang! Emporte ça, voyons, emporte vite; j’aime mieux être toute seule que de voir des figures de mater dolorosa. M. Marcel t’ouvrira la porte.

L’invitation était trop claire pour que le jeune homme pût feindre de ne point comprendre; il prit congé de la mère Louis et suivit Honorine. Celle-ci arrivée dans la pièce voisine s’assit sur un banc et fondit en larmes. Depuis tant de jours que ses soins près de la fermière n’étaient payés que par des reproches ou des duretés, elle avait le cœur trop plein; ce dernier choc le fit déborder. Marcel qui était demeuré d’abord debout devant elle, sans pouvoir parler, fit un geste de désespoir.

—C’est trop aussi! murmura-t-il enfin à voix basse; c’est trop pour qui n’a mérité aucune de ces épreuves! Le berger dit vrai, il y a un mauvais esprit acharné à votre poursuite.

—Ah! quand je me suis décidée à venir ici.., bégaya Honorine au milieu de ses sanglots... pourquoi n’ai-je pas eu plutôt... le courage... de mourir...

De Gausson lui prit vivement la main.

—Ne dites pas cela, reprit-il avec angoisse, vous me brisez le cœur. Mon Dieu, ne puis-je donc rien faire pour vous! mais à quoi servent alors le dévouement, l’affection, le courage... Je vous suis inutile, moi qui rachèterais chacun de vos chagrins au prix de tout mon bonheur.

—Ah! je le sais! dit la jeune femme qui pleurait toujours, mais dont la douleur se transformait en attendrissement à la voix de Marcel; je sais que vous êtes mon meilleur, mon seul ami.

—Plus qu’un ami, répliqua de Gausson, qui avait saisi sa main et qui la pressait dans les siennes...

—Un frère! répéta la jeune femme.