—Plus qu’un frère, ajouta-t-il, en attirant contre son cœur la main qu’il tenait.
Honorine tressaillit et voulut se dégager. Marcel la retint avec force.
—Plus que vous n’avez cru, plus que je n’ai jamais osé vous dire! continua le jeune homme avec une exaltation croissante. Je vous aime, Honorine! oh! ne tremblez pas, ne cherchez point à m’échapper: je vous aime depuis le premier jour où je vous ai revue. Mariage, séparation, rien n’a pu me guérir de cet amour, rien ne m’en guérira.
—Pourquoi... me le dire... murmura la jeune femme, pleurant plus fort de trouble et peut-être de bonheur.
—Parce que je me suis tû trop longtemps! reprit Marcel avec passion. Ce secret me pesait là, comme une chaîne; il arrêtait tous mes épanchements; il étouffait ma voix quand je voulais vous consoler! Maintenant je vous ai dit que ma vie vous appartenait, que ma joie était en vous, ordonnez ce que je puis faire; sachant que vous êtes tout pour moi, vous oserez, j’espère, tout me demander.
Honorine voulut répondre, mais elle n’en trouva point la force. Cet aveu que de Gausson avait retenu jusqu’alors, elle le prévoyait, elle le désirait peut-être; aussi n’éveilla-t-il chez elle ni surprise ni révolte. Les objections qu’il pouvait faire naître s’étaient depuis longtemps présentées à son esprit, qui les avait discutées, combattues. Fascinée par la voix de celui qu’elle aimait, honteuse, éperdue, elle fit un dernier effort pour échapper à ses étreintes, puis, cédant à sa propre émotion, elle cacha son visage sur la poitrine du jeune homme. Celui-ci sentit ses yeux se mouiller, un flot de joie inonda son âme; il avait compris! Sa tête se pencha vers celle d’Honorine, et posant chastement les lèvres sur ses cheveux:
—Merci! balbutia-t-il à son oreille; mais, maintenant, vous ne direz plus que vous voulez mourir...
Quand Honorine reparut dans la chambre de sa grand’mère, une sorte de transfiguration s’était opérée en elle. Son visage, altéré par la fatigue et les veilles, rayonnait d’une auréole de joie; sa voix était plus harmonieuse, ses mouvements plus souples, un souffle de flamme semblait avoir pénétré tout son être embelli et allégé. Elle se mit à genoux sur le tabouret placé aux pieds de la malade et, à force de douces paroles et de caresses, elle arriva à trouver le chemin de cette âme aigrie. La mère Louis, qui avait longtemps résisté à toutes ses avances, finit par lui prendre la tête à deux mains et l’embrassant au front:
—Tiens, tu n’es pas une humaine, toi, s’écria-t-elle attendrie; faudrait être plus méchant qu’un lancret pour te faire du chagrin.
—Alors, vous qui êtes bonne, vous ne voudriez pas me rendre malheureuse, dit Honorine de ce ton plaintivement caressant qui a tant de charme chez les femmes et les enfants.