—Cette malheureuse m’a fait ensangmêler, dit-elle; je sais plus ce que je dis, ni ce que j’entends... Dis donc, grand Jodane, es-tu là?
L’idiot, qui se tenait assis près de la fenêtre, releva la tête.
—Viens ici, reprit la fermière, en tirant une clef de dessous son oreiller, ouvre la grande armoire... bon... Maintenant regarde derrière la pile de draps, y doit avoir une bouteille de cassis. C’est ça, apporte ici; mais prends bien garde... donne-moi ma clef... et les verres qui sont sur la cheminée. A vous, père Micou, c’est du doux!
Elle avait versé dans deux verres; elle en prit un, le vieux berger prit l’autre et but à la santé de sa maîtresse. L’idiot les regardait.
—Et moi... moi... bégaya-t-il d’un ton avide et pleureur.
—Toi, répéta la mère Louis, ah! liqueréi (friand)! Eh ben, approche.
L’idiot avança un verre, but une gorgée de la liqueur et fit entendre un grognement de joie.
—Dirait-on pas que c’est le lait de sa mère, reprit la paysanne, qui s’amusait de l’avidité du grand Jodane; après ça, y n’a pas d’autre plaisir! encore un coup, vieu’ Anselme.
Le berger tendit son verre et but à la santé de sa maîtresse.
—Ah! oui, la santé, reprit madame Louis en avalant par gorgées. Ce serait la plus grande fortune pour moi à c’t’heure! Si seulement j’pouvais sortir, faire quéq’ visites chez les voisins!