—J’attends... le but de ces explications, Monsieur, dit Honorine, qui se sentait malgré elle glacée du ton froidement persiffleur d’Arthur.

Celui-ci s’inclina.

—Ah! le but, reprit-il; en effet, je m’aperçois que je me suis laissé emporter aux développements philosophiques, et je vous remercie, Madame, de me rappeler au fait. Le but, le voici. La mort de madame Louis vous laisse un héritage suffisant pour réparer les brèches faites à votre fortune par les nécessités du passé. Grâce à lui, vous pouvez reprendre des habitudes auxquelles vous n’eussiez dû jamais renoncer; je viens, en conséquence, vous arracher à votre exil pour vous rendre, dans le monde, le rang qui vous est dû.

Honorine releva vivement la tête.

—A moi? s’écria-t-elle; ah! je n’ai d’autre ambition que la retraite, Monsieur, et rien ne pourra m’obliger à recommencer une vie à laquelle je dois mes plus cruels souvenirs. J’apprécie, du reste, comme je le dois, votre démarche!...

—Pardon! vous n’en devinez évidemment qu’une partie, fit observer de Luxeuil tranquillement. Vous avez compris que je voulais profiter de votre nouvelle opulence; c’est effectivement un privilége que je tiens du code, et j’ai toujours professé un respect aveugle pour les lois... quand elles sont faites à mon profit. Mais j’aurais pu jouir de ces avantages en vous laissant ici par un compromis amiable, et je l’aurais fait sans aucun doute si je n’avais besoin de votre retour à Paris.

—Que voulez-vous dire, Monsieur? demanda Honorine stupéfaite de cette étrange franchise.

—Mon Dieu! c’est chose humiliante à déclarer, reprit Arthur; cet aveu va vous donner sur moi d’immenses avantages: mais maintenant je suis franc, par paresse... Depuis votre départ, ma réputation est devenue détestable. Un mari peut mal vivre avec sa femme; c’est la chance commune, l’état normal; mais vivre séparés!... cela a quelque chose de choquant. Le monde, qui ne s’inquiète pas du mal, condamne tout ce qui a l’apparence du désordre! puis, le moyen, quand on est seul, de tenir une maison, de donner des fêtes, de garder enfin son rang avec quelque éclat? Depuis un an, je suis descendu, malgré moi, au rôle de célibataire; on m’a adressé des invitations que je ne puis rendre; mon hôtel est désert; je vis au foyer de l’Opéra et au café de Paris. Tout cela était parfait, il y a cinq à six ans; mais je me fais un peu vieux pour continuer ce personnage de garçon; il est temps de prendre une position plus grave, de devenir sérieusement chef de maison, et, comme pour cela il me faut une femme, j’ai dû penser naturellement à la mienne.

—Je ne puis regarder une pareille explication comme sérieuse, Monsieur, dit Honorine glacée par ce cynisme moqueur, et j’aime encore à croire que vous ne persisterez point dans une intention... qui ne peut être qu’une menace.

—Mon Dieu! pourquoi ne pas achever votre pensée, reprit de Luxeuil d’un ton souriant; vous regardez mes prétentions comme une ruse.